Réflexion coranique n° 544 : Āyat 3:159 – Traits moraux pour le Leadership

Bismillah.

فَبِمَا رَحْمَةٍ مِّنَ اللَّهِ لِنتَ لَهُمْ ۖ وَلَوْ كُنتَ فَظًّا غَلِيظَ الْقَلْبِ لَانفَضُّوا مِنْ حَوْلِكَ فَاعْفُ عَنْهُمْ وَاسْتَغْفِرْ لَهُمْ

C’est par quelque miséricorde de la part d’Allah que tu (Mohammad) as été si doux envers eux ! Mais si tu étais rude, au cœur dur, ils se seraient enfuis de ton entourage. Pardonne-leur donc, et implore pour eux le pardon (d’Allah).

Sūrat ‘Āli Imrān, No 3, Āyat 159

Ce verset a été révélé après la bataille de ‘Uhud, lorsque de nombreux musulmans avaient fui le champ de bataille. Accablés par le chagrin et le désarroi face au nombre de morts et de blessés qu’ils avaient subis, ils ont ouvertement reproché au Prophète Muhammad sallallāhu ‘alayhi wa-ālihi wa-sallam la perte de leurs proches. Cependant, après avoir réfléchi à leurs actes, ils sont revenus humblement et ont demandé pardon au Prophète (s).

Le Prophète n’a pas répondu à la demande des musulmans en imitant leurs actes ; au contraire, il a accepté leurs excuses avec un cœur ouvert. Cette réaction était le fruit de l’immense grâce d’Allah ‘azza wa jall, qui avait insufflé au Prophète (s) un sens profond de miséricorde et de patience. À ce moment-là, les musulmans avaient besoin d’un père spirituel capable d’apaiser leurs craintes, de renforcer leur moral et de leur donner une direction. Cet épisode constitue l’une des manifestations les plus claires de la compassion du Prophète. Allah dit : « Et abaisse ton aile pour ceux des croyants qui te suivent » (Coran 26:215).

Dans le verset à en question, le mot linta provient de la racine layn, qui signifie la douceur, par opposition à la dureté et à la rigidité. Dans le Coran, le terme « layn » est utilisé dans divers contextes. Parfois, il désigne une douceur matérielle ou physique. Un exemple en est le verset qui mentionne les bienfaits qu’Allah a accordés au prophète Dāwūd ‘alayhi s-salām, parmi lesquels le fait qu’Il a rendu le fer souple et malléable : 

وَأَلَنَّا لَهُ الْحَدِيدَ
« Et Nous avons assoupli pour lui le fer » (Coran 34:10).


La douceur peut également avoir un sens spirituel ou figuré. Il s’agit de la douceur du cœur, qui se manifeste par la bienveillance dans les paroles et les actes. C’est cette douceur spirituelle avec laquelle le Prophète a été chargé de traiter son peuple (Al-Mustafawī, Al-Tahqīq fī Kalimāt al-Qur’ān al-Karīm, 10:281). Le résultat de la clémence et de la douceur du Saint Prophète envers les musulmans fut que les gens furent naturellement attirés par son message. Selon les paroles de l’Imam Ali (a) : il était le plus doux dans son caractère et le plus bienveillant dans ses relations avec autrui (Majlisī, Bihār al-Anwār, 16:231).


Dans le verset à l’étude en question, le Prophète (s) est également mis en garde contre le fait d’être fazzan (dur dans ses paroles) ou ghalīz al-qalb (au cœur dur). Ces deux qualités reflètent différentes formes de sévérité : l’une dans le langage, l’autre dans le comportement. Un dirigeant qui est dur, rigide et dépourvu d’esprit de pardon est voué à l’échec dans sa mission. Les gens auront naturellement tendance à s’éloigner d’un tel dirigeant et à lui refuser leur soutien.


Dans notre vie quotidienne, chaque personne est un leader à sa manière. Le leadership ne se limite pas à diriger une communauté, une organisation ou une institution — il commence au sein du foyer. Chaque individu porte une responsabilité dans sa famille, en particulier dans l’éducation et l’orientation de ses enfants. Il est essentiel d’incarner la qualité de la douceur dans notre caractère afin de former les futurs soutiens de l’Imam Al-Mahdi ‘ajjalallāhu farajahu. L’Imam Ali ‘alayhi s-salām révèle le secret d’un dirigeant accompli dans le propos n°176 du Nahj al-Balāghah. Il dit : « L’outil du leadership est une poitrine large. »


Puisse le Tout-Puissant nous accorder la réussite de suivre la sīrah du Prophète Muhammad (s) en étant doux de nature et bons dans notre caractère.

Sources: Imam Ali bin Abū Tālib (a), Nahjul Balāghah; Āyatullāh Nāsir Makārim Shirāzī (Ed.), Tafsīr-e Namūneh; Allāmah Muhammad Husayn Tabātabā’ī, Tafsīr al-Mīzān; Al-Mustafawī, Al-Tahqīq fī Kalimāt al-Qur’ān al-Karīm.