Bismillah.
لا يُؤَاخِذُكُمُ اللَّهُ بِاللَّغْوِ فِي أَيْمَانِكُمْ وَلَٰكِن يُؤَاخِذُكُم بِمَا كَسَبَتْ قُلُوبُكُمْ ۗ وَاللَّهُ غَفُورٌ حَلِيمٌ
Ce n’est pas pour les expressions gratuites dans vos serments qu’Allah vous saisit: Il vous saisit pour ce que vos cœurs ont acquis. Et Allah est Pardonneur et Patient.
Sūrat al-Baqarah, No. 2, Āyat 225
Le Coran a recourt fréquemment à des figures de style pour transmettre ses messages complexes. On en trouve un exemple dans le verset ci-dessus, tiré de la sourate al-Baqarah. Une réflexion sur ce verset révèle un exemple de ce que la rhétorique arabe classique appelle le majāz ‘aqlī (une métaphore conceptuelle). Dans ce verset, le Coran rassure les gens en leur affirmant que Dieu ne leur tiendra pas rigueur des serments prononcés sans intention réelle, par exemple ceux prononcés par inadvertance par habitude, ou dans un moment de colère extrême. Mais après avoir mentionné ces serments, plutôt que de mentionner clairement le deuxième type de serments qui sont bel et bien valides, Allah évoque l’effet que ce deuxième groupe de serments a sur l’âme. Il explique que rompre un tel serment valide entraînerait un péché pour le cœur. Dans la mesure où l’auteur de l’action est le « cœur » et non l’individu lui-même, cela constitue un exemple de majāz ‘aqlī.
Au-delà de cet aspect technique, ce verset illustre un principe fondamental que l’on retrouve ailleurs dans le Noble Coran : Dieu ne se préoccupe pas seulement des actes extérieurs ou des paroles prononcées, mais aussi de l’état et de l’intention de l’âme humaine. Par exemple, dans la sourate al-Hajj, lorsqu’Il évoque les sacrifices d’animaux, Allah dit :
لَن يَنَالَ اللَّهَ لُحُومُهَا وَلَا دِمَاؤُهَا وَلَٰكِن يَنَالُهُ التَّقْوَىٰ مِنكُمْ
Ni leurs chairs ni leurs sangs n’atteindront Allah, mais ce qui L’atteint de votre part c’est la piété. (Q 22:37)
Ici, le rituel extérieur est présenté comme secondaire par rapport à la dévotion intérieure et à l’intention sincère du fidèle.
Le cœur : bien plus qu’une simple pompe
Cela soulève une question concernant la terminologie coranique. Pourquoi le mot « cœur » (qalb) est-il si largement utilisé dans le Coran pour désigner l’essence même et la réalité de l’homme ? C’est ce « cœur » qui « commet » des péchés, comme l’indique clairement le verset 2:225, ou qui s’« endurcit », comme dans le verset 2:74, ou encore qui est « atteint d’une maladie », comme dans le verset 2:10.
D’un point de vue historique, le cœur physique — qui se distingue par ses battements rythmiques — a toujours été le signe le plus immédiat et le plus visible de la vie elle-même ; son arrêt a longtemps été considéré comme le signe de la mort. Cette perception fondamentale a sans doute contribué à ce que l’on attribue au cœur les dimensions les plus vitales et les plus essentielles de l’humanité. Certains sont toutefois allés plus loin et soutiennent que cet organe physique revêt une importance qui dépasse ce qui est visible à première vue.
Néanmoins, des actes immatériels tels que l’amour et la peur, la perception et la compréhension, voire la foi et l’incrédulité, sont systématiquement attribués au cœur, bien que la philosophie islamique démontre que ces réalités sont de nature immatérielle et relèvent à proprement parler de l’âme (rūh ou nafs).
Cette attribution est si naturelle que, dans le langage courant, nous utilisons souvent les expressions « je », « mon âme » et « mon cœur » de manière interchangeable pour exprimer des états intérieurs profonds. Nous pouvons dire « j’aime », « mon âme aime » ou « mon cœur aime », et toutes ces formules sont parfaitement comprises comme exprimant la même affection profonde qui émane de notre être intérieur.
Du cœur à la poitrine : figures de style
De nombreux versets coraniques poussent cette image encore plus loin, en attribuant de telles facultés spirituelles et émotionnelles à la « poitrine » (sadr). Il s’agit là d’une forme de kināyah (métonymie) dans la rhétorique arabe. La poitrine renferme physiquement le cœur, ce qui en fait le réceptacle de ces réalités intérieures les plus profondes. Ainsi, lorsque le Coran évoque « ce qui se trouve dans les poitrines » dans de nombreux versets, il fait référence aux pensées, intentions, secrets et croyances cachés que recèle une personne.
En fin de compte, à travers ce langage figuré, le Coran nous invite à nous tourner vers notre for intérieur, vers la pureté, l’intention et l’état de notre être profond. Nous prions pour que Dieu nous accorde une compréhension plus profonde de Sa religion bénie et nous accorde le tawfīq (la réussite divine) afin de mettre en pratique sa sagesse dans nos vies.
Sources: ‘Allāmah Tabātabā’ī, Al-Mīzān.