Bismillah.
وَمَا تَوْفِيقِي إِلَّا بِاللَّهِ ۚ عَلَيْهِ تَوَكَّلْتُ وَإِلَيْهِ أُنِيبُ
Et ma réussite ne dépend que d’Allah. En Lui je place ma confiance, et c’est vers Lui que je reviens repentant.
Sūrat Fussilat, No. 11, Āyat 88
Dans la sourate Hūd, le prophète Shu‘ayb (a), après avoir appelé son peuple à la justice et à l’adoration sincère d’Allah, déclare : « Et ma réussite ne dépend que d’Allah. » Cette parole résume une réalité fondamentale de la vie du croyant : la relation entre notre libre arbitre et la volonté suprême du Divin.
Qu’est-ce donc que le tawfīq (souvent traduit par réussite, guidance ou assistance divine), et comment reconnaître sa présence dans nos vies ?
La nature du tawfīq et l’équilibre des causes
Lorsque nous observons les affaires de ce monde, nous constatons que tout résultat recherché dépend d’un ensemble précis de causes. Certaines de ces causes relèvent entièrement de notre libre arbitre : notre intention, notre décision et nos efforts. Par exemple, si une personne souhaite accomplir le Hajj (pèlerinage), elle doit acquérir les connaissances nécessaires, prendre une décision ferme et entreprendre les préparatifs requis.
Cependant, au-delà de nos efforts conscients, existe une multitude de causes qui échappent à notre contrôle : la santé, la sécurité, la stabilité politique, le traitement des documents administratifs dans les délais appropriés, et bien d’autres encore. C’est précisément pour cette raison qu’une personne peut avoir accompli toutes les démarches nécessaires pour atteindre un objectif, et pourtant voir son projet empêché ou son but ne pas se réaliser.
Le terme tawfīq, dans le contexte théologique, désigne la convergence de toutes les causes nécessaires — aussi bien celles qui sont sous notre contrôle que celles, plus complexes et cachées, qui nous échappent — par l’agencement voulu par Allah, conduisant ainsi à un résultat bon et souhaité. Il s’agit de l’assistance divine qui harmonise les circonstances avec les efforts de l’être humain, transformant une simple possibilité en réalité.
Définition du tawfīq : l’explication de l’Imam al-Sādiq (a)
La réalité du tawfīq est admirablement expliquée dans la tradition suivante de l’Imam Ja‘far al-Sādiq (a). On l’interrogea sur le sens de ce verset (11:88) ainsi que d’un autre verset relatif au secours divin (3:160). Il donna alors une définition claire et concrète:
« Lorsque le serviteur accomplit ce qu’Allah, le Tout-Puissant et le Très-Glorieux, lui a ordonné dans le cadre de l’obéissance, son acte est en conformité (wafq) avec le commandement d’Allah, le Tout-Puissant et le Très-Glorieux. C’est pourquoi ce serviteur est appelé Muwaffaq (celui à qui le tawfīq a été accordé).
Et lorsque le serviteur envisage de commettre un péché envers Allah, mais qu’Allah, Béni et Exalté soit-Il, s’interpose entre lui et cette désobéissance, de sorte qu’il y renonce, alors son abandon de ce péché est dû au tawfīq d’Allah, Exalté soit Son souvenir.
En revanche, lorsqu’Allah le laisse face à cette désobéissance sans intervenir entre lui et elle jusqu’à ce qu’il la commette, alors Il l’a abandonné à lui-même ; Il ne l’a ni secouru ni favorisé par Son tawfīq. » (Al-Tawhīd, vol. 1, p. 242)
Les paroles de l’Imam révèlent que le tawfīq ne consiste pas seulement à atteindre des objectifs mondains ou religieux ; il est l’assistance divine active qui guide l’être humain vers l’obéissance et, surtout, le préserve du péché. À l’inverse, l’absence de tawfīq est assimilée à un abandon de la part d’Allah.
Reconnaître la présence du tawfīq divin
Comment le croyant peut-il savoir si une bonne action — ou l’abandon d’un péché — est véritablement entourée du tawfīq divin et, par conséquent, agréée auprès d’Allah ?
Il arrive parfois qu’une action paraisse bonne en apparence, alors que sa dimension intérieure est entachée de défauts, ce qui révèle l’absence de cette assistance divine. Deux signes essentiels permettent de confirmer la présence du tawfīq :
- L’absence de défauts spirituels
L’un des signes du tawfīq est l’absence de défauts éthiques et spirituels susceptibles de corrompre l’intention. Une action qui paraît bonne en apparence peut parfois engendrer des maladies de l’âme telles que l’arrogance, l’orgueil ou encore le désir de faire sentir aux autres qu’ils nous sont redevables pour notre bienfait. Ces problèmes intérieurs constituent une indication forte que le tawfīq faisait défaut. L’Imam ‘Alī (a) a dit : « Celui qui est soutenu par le tawfīq accomplit son action à la perfection. » (Ghurar al-Hikam, n° 300) Et il a également déclaré : « N’est pas doté du tawfīq celui qui considère comme beau ce qui est répugnant. »(Ghurar al-Hikam, n° 104) - Le plaisir spirituel et la sérénité intérieure
Un autre signe intérieur est le sentiment de profonde satisfaction et de fraîcheur spirituelle qui accompagne l’adoration sincère et les bonnes actions. Lorsque le tawfīq divin est présent, la personne éprouve une joie intérieure naturelle et ressent que son acte est accepté et empreint de l’agrément divin. Dans une tradition, l’Imam ‘Alī (a) demanda : « Comment celui qui n’est pas assisté par le tawfīq pourrait-il goûter à la douceur de l’adoration ? » (Ghurar al-Hikam, n° 566)
La déclaration intemporelle du prophète Shu‘ayb (a) nous invite à déplacer notre attention : il ne s’agit pas seulement d’atteindre un objectif, mais de l’atteindre avec une intégrité spirituelle authentique.
Nous prions afin que nos actions soient enveloppées du tawfīq divin. Par la grâce de Muhammad et de sa Famille pure (s), nous demandons à Allah de nous accorder non seulement des œuvres accomplies dans leur forme extérieure, mais également des actions saines sur le plan spirituel, pures sur le plan éthique et accompagnées de la joie de Son agrément.
Sources: ‘Allāmah Muhammad Husayn Tabātabā’ī, Tafsīr al-Mīzān; Āyatullāh Muhammad Bāqir Tahrīrī, True Servitude and the Reality of Knowledge.