Réflexion coranique n° 558 : Āyat 10:42 – La faculté de l’ouïe

Bismillah.

وَمِنْهُم مَّن يَسْتَمِعُونَ إِلَيْكَ ۚ أَفَأَنتَ تُسْمِعُ الصُّمَّ وَلَوْ كَانُوا لَا يَعْقِلُونَ

Et il en est parmi eux qui te prêtent l’oreille. Est-ce toi qui fait entendre les sourds, même s’ils sont incapables de comprendre ?

Sūrat Yūnus, No. 10, Āyat 42

Parmi les cinq sens dont l’être humain est doté, il y a la faculté de l’ouïe. La capacité d’entendre se développe avant la vue, aussi bien chez l’être humain que chez l’animal. Alors qu’il est encore dans le ventre de sa mère, le fœtus peut percevoir les vibrations et les sons extérieurs dès environ vingt semaines de gestation. L’un des premiers moyens par lesquels un enfant reconnaît ses parents est l’écoute de leurs voix, bien avant même de venir au monde. L’Imam al-Sajjād ʿalayhis-salām exprime sa profonde gratitude envers le Très-Haut dans le Duʿāʾ ʿArafah pour cette faculté : « Et je témoigne, ô mon Dieu, avec ma foi sincère, … pour les conduits de mon oreille par lesquels j’entends. »

Le sens de l’ouïe est la première faculté sur laquelle l’être humain sera interrogé au Jour de la Résurrection. « L’ouïe, la vue et le cœur : sur tout cela, en vérité, on sera interrogé. » (Q17:36)  La répétition constante dans le Coran de cette séquence de facultés — audition, vision, puis compréhension — révèle un ordre divin dans la manière dont l’être humain reçoit et intériorise le savoir. L’oreille n’est pas un simple organe de perception, mais un organe de responsabilité morale. Elle reçoit la vérité, la révélation et les rappels.

Le Coran distingue entre samʿa (entendre) et istimāʿ (écouter attentivement). L’intention derrière l’écoute est déterminante. Certains écoutent avec sincérité et réflexion, cherchant à tirer profit du message, tandis que d’autres écoutent uniquement pour le rejeter ou le critiquer. Ainsi, la faculté d’audition peut devenir soit un cheminement vers la hidāyah (guidance), soit vers la dalālah (égarement).

L’écoute bénéfique est un moyen de guidance divine qui transmet des enseignements justes, des preuves claires et des signes manifestes. Āyatullāh Nāṣir Makārim Shīrāzī propose une belle image dans Tafsīr-e Namūneh, expliquant que, tout comme la croissance des plantes et des fleurs dépend non seulement de bonnes graines mais aussi d’un sol fertile, la guidance de l’être humain repose sur un processus réciproque de don et de réception. La véritable guidance se réalise lorsque le message divin est transmis et accueilli avec ouverture et humilité. Une telle réceptivité permet à l’être humain de reconnaître son Créateur et de comprendre le sens de son existence. Un exemple tiré de l’histoire islamique se trouve lorsque des jinns ont écouté attentivement la récitation du Saint Prophète (S) du Coran. Ils s’exclamèrent : « Nous avons certes entendu une Lecture [le Coran] merveilleuse » (Q72:1).

L’écoute néfaste est celle où l’on écoute avec attention sans pour autant recevoir de guidance. Cela est dû au fait que l’intention de l’écoute est de détruire, en critiquant ou en se moquant du message. Dans le Coran, de telles personnes sont décrites comme « sourdes ». Les oreilles de leur cœur sont devenues sourdes, et elles sont incapables de méditer sur le Coran. Mujtahida Bānū Amīn explique cela plus en détail dans le livre Makhzanul ‘Irfān : celui qui est physiquement sourd, mais qui possède l’intellect, conserve malgré tout un avantage en pouvant communiquer par la lecture des lèvres ou des gestes. En revanche, celui dont l’intelligence et le cœur sont scellés ne peut rien percevoir du tout. Le Coran les décrit ainsi :

صُمٌّۢ بُكْمٌ عُمْىٌ فَهُمْ لَا يَعْقِلُونَ
Sourds, muets et aveugles, ils ne raisonnent point. (Q2:171)

Aux premiers temps de l’Islam, certains chefs de Quraysh comme Abū Sufyān et Abū Jahl écoutaient en secret la récitation du Prophète durant la nuit. Bien qu’ils fussent profondément touchés par la beauté du Coran, la dureté de leurs cœurs les poussait à utiliser ce qu’ils entendaient comme un outil pour renforcer leur opposition.

Nous implorons le Tout-Puissant, par Ses plus beaux noms, Yā Asmaʿ as-Sāmiʿīn  Ô Toi qui entends toute chose de nous permettre d’apprécier cette précieuse faculté d’audition et de renforcer notre discernement à travers elle. Qu’Il réponde aux appels des peuples du Soudan, du Yémen, de la Palestine et de tous ceux qui souffrent à travers le monde.

Sources:  Āyatullāh Nāsir Makārim Shirāzī (Ed.), Tafsīr-e Namūneh; ‘Allāmah Muhammad Husayn Tabātabā’ī, Tafsīr al-Mīzān; Mujtahida Bānū Amīn, Makhzanul ‘Irfān.