Réflexion coranique n° 548 : Āyat 5:32 : Donner la vie à l’humanité

Bismillah.

وَمَنْ أَحْيَاهَا فَكَأَنَّمَا أَحْيَا النَّاسَ جَمِيعًا

 Et quiconque lui fait don de la vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes.

Sūrat Al-Mā’idah No. 5 Āyat 32

Ce passage a été révélé dans le prolongement du verset relatant l’épisode du sacrifice des fils du Prophète Ādam ‘alayhi as-salām.  L’offrande de Hābīl fut agréée par le Tout-Puissant, tandis que celle de Qābīl fut rejetée. Submergé par la jalousie, Qābīl tua son frère, marquant ainsi le premier meurtre de l’histoire humaine. À la suite de cet événement, le Coran énonce un principe universel :

مِنْ أَجْلِ ذَٰلِكَ كَتَبْنَا عَلَىٰ بَنِي إِسْرَائِيلَ أَنَّهُ مَن قَتَلَ نَفْسًا بِغَيْرِ نَفْسٍ أَوْ فَسَادٍ فِي الْأَرْضِ فَكَأَنَّمَا قَتَلَ النَّاسَ جَمِيعًا وَمَنْ أَحْيَاهَا فَكَأَنَّمَا أَحْيَا النَّاسَ جَمِيعًا ۚ
C’est pourquoi Nous avons prescrit aux Enfants d’Israël que quiconque tue une personne — sans que celle-ci ait commis de meurtre ou semé la corruption sur la terre — c’est comme s’il avait tué toute l’humanité ; et quiconque sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvé toute l’humanité. (Q 5:32)


Il convient de noter que, dans le verset qui interdit le meurtre et l’homicide, Allah ‘azza wa jall attire également l’attention de l’homme sur la noblesse de sauver des vies. Seul Allah, le Très-Haut, détient le pouvoir de donner, de reprendre et de rendre la vie. Parmi Ses Noms figure al-Muhyī, dérivé de ihyā’, qui signifie « Celui qui donne la vie ». Le Coran déclare وَهُوَ الَّذِي يُحْيِي وَيُمِيتُ – Et c’est Lui qui donne la vie et donne la mort  (Q 23:80).


Cependant, le Tout-Puissant a offert à Sa création la possibilité de manifester cet attribut en devenant le moyen par lequel Allah accorde la vie à Ses créatures. Le Coran emploie l’expression « comme si » (fa-ka-annamā), indiquant que, bien que la vie ou la mort d’un individu ne soit pas littéralement équivalente à celle de toute l’humanité, elle en porte néanmoins la portée symbolique. Dieu le récompensera alors comme s’il avait donné la vie à tous.


Le sens premier de ce verset concerne la préservation physique des vies humaines. Il englobe l’œuvre des médecins, des infirmiers, des pompiers, ainsi que celle de ceux qui  creusent des puits dans des régions isolées. . Comme l’a dit l’Imam Ja‘far al-Ṣādiq (a) : « Quiconque étanche la soif d’une personne assoiffée dans un lieu où l’eau est introuvable, c’est comme s’il avait redonné vie à une âme. » (Kulaynī, al-Kāfī, 7:271)

Le Coran évoque également une forme de vie supérieure. Au-delà d’une existence purement instinctive, l’être humain possède le potentiel de mener une véritable vie humaine. Celle-ci renvoie à une existence animée par une finalité divine et à une âme ornée de qualités divines. Le rôle des Prophètes était de nous appeler à cette vie, comme l’indique le verset suivant :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا اسْتَجِيبُوا لِلَّهِ وَلِلرَّسُولِ إِذَا دَعَاكُمْ لِمَا يُحْيِيكُمْ
Ô vous qui avez cru ! Répondez à Allah et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne la vie. (Q8:24)


Ainsi, le sens profond de ce verset s’applique à ceux qui guident autrui. Cela inclut les prêcheurs, les enseignants, les parents qui orientent leurs enfants vers la voie divine, ainsi que tout membre de la communauté qui ordonne le bien et interdit le mal.
Lorsque l’Imam al-Ṣādiq (a) fut interrogé au sujet de ce verset, il répondit d’abord : « Il peut s’agir de celui qui sauve une personne du feu ou de la noyade… » Puis, après un moment de silence, il ajouta : « Mais son interprétation la plus profonde concerne celui qui appelle quelqu’un vers la vérité ou l’éloigne du faux, et que cette personne y réponde. » (Huwayzī, Tafsīr Nūr al-Thaqalayn, 1:620)


Ce verset met en lumière le caractère sacré de la vie en Islam, ainsi que l’importance de préserver ne serait-ce qu’une seule existence. Cela englobe à la fois la vie du corps et, plus encore, celle de l’âme. À l’aube d’une nouvelle année scolaire, nous implorons le Très-Haut de bénir et de guider nos enseignants, afin qu’ils insufflent une vie nouvelle dans les âmes de leurs élèves et leur permettent de devenir parmi les soldats de l’Imam al-Mahdī ‘ajjalallāhu farajahu


Sources: Āyatullāh Nāsir Makārim Shirāzī (Ed.), Tafsīr-e Namūneh; Allāmah Muhammad Husayn Tabātabā’ī, Tafsīr al-Mīzān.