Réflexion coranique n° 541 : Āyat 3:169 – Le statut d’un martyr

Bismillah.

وَلَا تَحْسَبَنَّ الَّذِينَ قُتِلُوا فِي سَبِيلِ اللَّهِ أَمْوَاتًا ۚ بَلْ أَحْيَاءٌ عِندَ رَبِّهِمْ يُرْزَقُونَ

 Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus.

Sūrat ‘Āli Imrān, No 3, Āyat 169

Ce verset fut révélé après la bataille d’Uhud. Il expose le véritable statut de ceux qui furent tués, en réponse à l’attitude moqueuse des mécréants mentionnée dans le verset précédent. Ce verset s’applique également à tous ceux qui tombent en martyrs pour la cause d’Allah (Exalté soit-Il). Bibi Zaynab (que la paix soit sur elle) l’utilisa dans son sermon à la cour de Yazid pour illustrer le statut des martyrs de Karbala.


Le Tafsir Namuneh rapporte un hadith du Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui et sa famille) selon lequel Allah Tout-Puissant demanda aux martyrs d’Uhud ce qu’ils désiraient. Ils répondirent : « Que pouvons-nous désirer de plus grand que d’être plongés dans les bénédictions spirituelles et de demeurer à l’ombre de Ton Trône ? Notre seul souhait est de retourner sur terre et de mourir à nouveau en martyrs pour Ta cause. » Allah, exalté soit-Il, répondit que nul ne reviendrait sur terre pour une seconde vie. Les martyrs dirent alors : « Dans ce cas, nous vous demandons de saluer le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) et d’annoncer la bonne nouvelle de notre sort à ceux qui restent, afin qu’ils ne s’inquiètent pas pour nous. » C’est alors que ce verset fut révélé.


Ce verset nous apprend certaines choses sur ceux qui tombent au champ d’honneur pour la cause d’Allah (Exalté soit-Il) :

  1. Physiquement, ils ne sont plus là, mais leur conscience et leur action demeurent vivantes. Ils continuent de recevoir la subsistance d’Allah. Le verset suivant évoque également leurs sentiments : la joie de recevoir de Sa grâce ce qu’Allah leur a accordé (Coran 3:170). Les martyrs jouissent d’un niveau de conscience supérieur.
  2. Après la mort du corps, tous les êtres humains continuent de vivre dans un autre monde. L’âme, elle, ne meurt jamais. Les âmes mentionnées dans ce verset vivent dans le Barzakh, un état intermédiaire précédant le Jour du Jugement et le royaume de l’Au-delà.
  3. Bien que toutes les âmes soient vivantes dans le Barzakh, le verset mentionne spécifiquement les martyrs pour souligner qu’ils atteindront un état de vie supérieur. Ils bénéficieront d’une attention particulière de leur Seigneur.
  4. La proximité du Seigneur est la plus haute récompense spirituelle. C’est ce à quoi aspirent les vrais croyants. Bibi Āsiyah (a) a prié pour cela dans ses derniers instants: « Seigneur, construis-moi auprès de Toi une maison dans le Paradis » (Q 66:11).

Celui qui meurt pour la cause d’Allah jouit d’un statut particulier, car le sacrifice du martyr est le sacrifice ultime, celui de la vie. En ce monde, le martyr n’a pas besoin d’ablutions rituelles (ghusl) ni d’inhumation (kafan). Son corps, purifié par son âme, n’est pas traité comme un cadavre ordinaire. L’islam élève également le statut d’une personne ou d’un acte en le comparant à celui d’un martyr. Celui qui recherche la connaissance et meurt dans cette quête meurt en martyr. De nombreux hadiths témoignent de ce statut élevé.


L’Imam al-Husayn (a) a choisi le martyre plutôt que l’humiliation. C’était un choix éclairé, conscient des conséquences. Il nous a enseigné cette célèbre leçon sur la dignité humaine : « Pour moi, la mort n’est que félicité, et la vie avec les oppresseurs n’est que déshonneur. » (Bihar al-Anwar, v. 44, p. 381 ; Tuhaf al-‘Uqūl, p. 176; al-Luhūf, p. 33).

Sources: Āyatullāh Nāsir Makārim Shirāzī (Ed.), Tafsīr-e Namūneh; ‘Allāmah Muhammad Husayn Tabātabā’ī, Tafsīr al-Mīzān.