Bismillah.
الَّذِينَ إِذَا أَصَابَتْهُم مُّصِيبَةٌ قَالُوا إِنَّا لِلَّهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ
Ceux qui, lorsqu’un malheur les atteint, disent : “Certes, nous appartenons à Allah et c’est vers Lui que nous retournons.”
Sourate Al-Baqarah, n°2, verset 156
Ce verset s’inscrit au sein d’un ensemble de cinq versets (Coran 2:153–157) révélés afin de préparer la première communauté musulmane aux épreuves de la guerre et aux difficultés imminentes auxquelles elle serait confrontée. Ces versets décrivent l’attitude des sābirūn, ceux qui répondent aux tribulations par la patience. Lorsqu’une épreuve survient, ils prononcent ces paroles : Innā lillāhi wa innā ilayhi rāji‘ūn une formule connue dans la littérature islamique sous le nom de paroles de l’istirjā‘.
Il est rapporté que l’Imam Muhammad al-Bāqir ‘alayhi as-salām a dit :
Aucun serviteur n’est frappé par une calamité puis prononce l’istirjā‘ en s’en souvenant, et fait preuve de patience lorsqu’elle survient, sans qu’Allah ne lui pardonne l’ensemble de ses péchés passés.
Dans le Tafsīr al-Mīzān, ‘Allāmah Tabātabā’ī réfléchit sur le sens de ce verset avant d’aborder une réflexion philosophique sur la notion de propriété divine. Il écrit :
Il est évident que le sens de cette formule ne consiste pas simplement à prononcer ces mots sans avoir conscience de leur signification, ni à les réciter sans réaliser pleinement leur réalité profonde : à savoir que l’être humain appartient entièrement à Dieu, dans le sens le plus absolu de la possession, et que son retour ultime est vers Lui. Avec cette prise de conscience, la forme la plus élevée de patience est acquise, une patience qui arrache les racines de la panique et de la tristesse, et qui purifie le cœur de toute insouciance.
Ce verset fut également récité par l’Imam al-Husayn ‘alayhi as-salām à un moment décisif de l’histoire. Lorsque Mu‘āwiyah ibn Abū Sufyān mourut et que l’on exigea l’allégeance à, Marwān ibn al-Hakam exhorta l’Imam à accepter, prétendant que cela préserverait son bien-être religieux et mondain. L’Imam al-Husayn (a) répondit alors Certes, nous appartenons à Allah et vers Lui nous retournons. Adieu à l’Islam si la communauté est éprouvée par un dirigeant tel que Yazīd. J’ai entendu mon grand-père, le Messager d’Allah (s), dire : “Le califat est interdit à la famille d’Abū Sufyān.”
En prononçant les paroles de l’istirjā‘, l’Imam al-Husayn (a) semble avoir voulu transmettre plusieurs messages (profonds) :
- La demande d’allégeance à Yazīd constituait en elle-même une calamité. Il ne s’agissait pas seulement d’une épreuve personnelle, mais d’une catastrophe pour l’Islam tout entier. Le pouvoir de Yazīd représentait l’effacement de l’héritage prophétique ainsi que l’effondrement de la justice et de la vérité dans la gouvernance. L’expression de l’Imam « adieu à l’Islam » révèle la gravité extrême de ce danger.
- L’Imam annonçait également le commencement des épreuves prophétisées. En récitant l’istirjā‘, il reconnaissait que les tribulations annoncées par le Prophète et par l’Imam ‘Alī ‘alayhimas-salām avaient désormais débuté. Sa réponse manifestait une soumission totale à la volonté divine, accompagnée d’une patience inébranlable face aux événements à venir.
En ces jours et ces nuits sacrés que nous commémorons, nous demandons à Allah de nous accorder la capacité de nous souvenir de l’Imam al-Husayn (a) et des autres martyrs de Karbala, de pleurer leur sacrifice avec sincérité, de nous rapprocher d’eux spirituellement et de rechercher leur intercession afin de faire face aux épreuves de nos propres vies.
Sources: ‘Allāmah Tabātabā’ī, Tafsīr al-Mīzān; Āyatullāh Sa’ādat Parvar, Fūrugh-e Shahādat.